Des triskels en Chine !

Petit et rapide rappel sur le triskel (ou triskell ou triskèle)
C'est le symbole celte par excellence. Le triskel se représente par une spirale arrondie possédant 3 branches irradiant un point central.Ce symbole fut fortement utilisé par les celtes, bien que ce ne soit pas eux qui en sont à l'origine car nous retrouvons ce motif sur des mégalithes d'Irlandes indiquant que son origine remonte au mégalithique.
Dans l'histoire, le triskel c'est perdu jusqu'aux début des années 1900 en Europe, bien qu'on retrouve au Moyen-Age des représentations de celui-ci sur des peintures ainsi que sur des manuscrit. Ce symbole représente le plus souvent les 3 royaumes, mais il peut représenter plusieurs trio celte. Il est aussi important de noter que ce motif peut-être lu dans 2 sens : un sens positif et un sens négatif. Le sens positif est symbolisme de paix, d'harmonie et le sens négatif est un symbolisme de malheur, de guerre,...
Les trois éléments identiques de ces roues de vie symbolisent les trinités celtes ou gauloise (Taranis, Teutates, ou Esus). Sous la forme d'une figure héraldique, celle de trois jambes en armure. Le triskel est le jumeau du triquarta et on retrouve aussi son homologue dans la wicca qui est appellé triple croissant.
On a trouvé des triskels en Chine !!!
Le rapprochement entre les triskels celtes et chinois ne fait l’objet, à notre connaissance, d’aucune publication scientifique. Plusieurs spécialistes interrogés se sont d’ailleurs montrés peu enthousiastes, mais pas tous. En effet, on trouve de par le monde différents styles de « logos » tournoyants à trois ou quatre branches (triskel, svastika, rune,...). Mais dans le cas qui nous occupe, non seulement il s’agit de triskels qui figurent sur des objets vieux de 3000 à 4000 ans, mais de plus ils sont absolument identiques aux triskels celtes de Bretagne ou d’Irlande.
Chine, province du Sichuan, Chengdu.
Non loin du trentième degré de latitude Nord, ce méridien qui passe par l’Himalaya, le triangle des Bermudes, les pyramides de Gizeh et certains empires Maya, le visiteur des musées San Xin Dui et Jin Sha, s’il a de l’appétit pour le vertige et la fascination des civilisations disparues, ne sera pas déçu . Sont exposés ici les marques incroyables d’une puissante civilisation inconnue des annales chinoises. Des masques recouverts de feuilles d’or, un arbre de vie en bronze, des centaines d’objets en ivoire, en coquillage, en jade, en bronze. Sans oublier l’homme de bronze de deux mètres soixante. Cette civilisation, dont on ne sait rien ou presque, s’appelle la civilisation de Shu. Elle a plus de 4 000 ans d’âge. Et dans deux musées différents, deux triskels s’offrent à la vue du touriste étonné.
_ Triskels de JinSha ,Disque d’or de JinSha, Sichuan, Chine. Pour le touriste celte de passage dans ces deux musées, une chose ne fait pas l’ombre d’un doute. Les spirales chinoises et celtes ne se ressemblent pas, elles ne s’évoquent pas les unes les autres : ce SONT les mêmes !!
- Le triskel de San Xing Dui ,arbre de vie en bronze de SanXingDui, Sichuan, Chine. La figure à trois cercles dans la vitrine en face de lui, est bien semblable à celle qu’il porte au cou, - bijou celtique hérité de ses ancêtres.
La civilisation de Shu
Shu est le nom attribué à cette civilisation par les historiens Chinois pour donner une identité aux découvertes récentes faites sur plusieurs sites de la province du Sichuan. Ce nom est emprunté à l’un des trois royaumes Wu, Shu et Wei du classique SanGuo YanYi. Des recherches et des recoupements sont actuellement en cours afin de déterminer si la civilisation de Shu est bien l’une de celles décrites dans le Shan Hai Jing.
Les deux sites archéologiques les plus importants de la civilisation de Shu sont celui de San Xing Dui et celui de Jin Sha.
- San Xing Dui : Le site correspond à un royaume daté de 3000 à 1000 avant J-C, et se situe à environ 60 kilomètres au nord de Chengdu, la capitale actuelle du Sichuan. On a découvert là dans des fosses fermées quelques 1700 objets de bronze, jade, terre cuite, certains en bois laqué, 80 objets d’ivoire, et plus de 4600 coquillages et pièces de monnaie en bronze. Tous les objets étaient entassés pêle-mêle dans les fosses. La pièce la plus célèbre est certainement l’homme de bronze découvert en août 1986, qui mesure 2 mètres 62 et pèse 180 kg. Non moins impressionnants sont les masques très expressifs et volumineux en bronze, certains recouverts de feuilles d’or. Les faciès représentés sont forts éloignés du type asiatique : grand nez droit, grandes oreilles décollées, yeux en amandes. L’étrangeté des visages constitue le grand mystère de cette découverte.
Le triskel de San Xing Dui orne une partie d’un arbre en bronze de 3 mètres 60. Cette partie de l’arbre évoque une main, et se trouve dans le prolongement inférieur de la queue d’un oiseau perché sur l’arbre.
Jin Sha : Comme celui de San Xing Dui, le monumental musée Jin sha a été construit sur le site même des découvertes, cette fois dans un quartier de la ville de Chengdu. C’est là que des travaux de voirie en 2000 ont permis la mise à jour d’importants objets, de quelques centaines d’années postérieurs à ceux de San Xing Dui. Le musée de Jin Sha a ouvert ses portes au printemps 2007. Y sont exposés une partie des découvertes. On a déterré à Jin Sha plus de 1000 objets précieux (dont 30 objets en or, 400 en bronze, 170 en pierre, 40 en ivoire). Les triskels de Jin Sha sont découpés dans un disque en or, en forme de pavillon, dont l’usage n’est pas connu. Il pourrait s’agir d’un socle.

Hypothèse 1 : le triskel ubiquiste. Coïncidence ? Des peuples qui ne se connaissaient pas, que rien n’a relié, ont-il pu créer un symbole ou une figure identique en des lieux éloignés ? Tout est possible, surtout à ce degré d’ignorance concernant un passé lointain.
Comme l’a écrit l’archéologue-poète Victor Segalen à propos de découvertes ou d’inventions humaines semblables en des points différents du globe : « Quelles que soient les humeurs opposées, les couleurs de peau, les valeurs individuelles, on n’empêchera point que certaines choses soient communes à tous les êtres ; -que partout le soleil ne soit rond. Il ne faut pas s’étonner de telles concordances ».
La découverte d’un symbole en des endroits éloignés du monde est pourtant une constatation excitante que l’on est tenté d’expliquer par de grands voyages et des migrations ancestrales. Mais si nous suivons, pour le cas qui nous occupe, la sage retenue de Segalen, il faut quand même reconnaître qu’un grand voyage fut tout de même parcouru … au fond de soi, par des hommes qui ne se sont jamais rencontrés, sauf en pensée.
Si tel est le cas, le triskel est doué d’ubiquité, et il est apparu à l’esprit d’hommes éloignés dans le temps et l’espace il y a 4000 ans ou plus : prouesse non moins impressionnante que celle du voyage physique.
Hypothèse 2 : le triskel voyageur.
Le triskel, un des plus vieux symboles de l’humanité, est surtout connu dans le monde celte. D’après Jean Markale, dont les travaux font autorité dans l’étude des civilisations et des mythologies celtes anciennes, le triskel est « un symbole solaire dérivé de la roue et hérité de l’orient. Dans le triskel, on retrouve la double spirale involutive-évolutive qui caractérise, dans le système chinois, le Yin et le Yang, autrement dit le Moi et le Non-Moi, à laquelle s’est ajoutée une troisième spirale, celle que les alchimistes nomment le Feu Secret, lui-même vraisemblablement triple, et qui est la puissance cohérente par excellence. ».
Mais les deux hypothèses des deux savants demeurent également valables. Les commentaires de l’un comme de l’autre sur ces découvertes des triskels chinois seraient certainement très enrichissants.
Du côté chinois : inconnu au bataillon.
Aucun chercheur Chinois n’a pu jusqu’à aujourd’hui nous renseigner sur la présence et la signification de ces triskels. Ce symbole ne leur est pas du tout familier.
Ecoutez cette histoire racontée par un chercheur "...Seule une vendeuse de souvenirs à la sortie du musée San Xing Dui a risqué une hypothèse.
Pour répondre à la question : « à votre avis, mes ancêtres sont venus ici avec des triskels ou bien ce sont vos ancêtres qui se sont déplacés jusqu’au bout de la terre avec lui ? »
La vendeuse, après un court instant de réflexion, affirma : « ce sont vos ancêtres qui sont venus. »
« Et pourquoi cela ? » demanda-t-il, surpris de l’aplomb de la réponse.
« Nous n’avons pas d’argent pour voyager », dit-elle en riant....."
Le bon sens légendaire des gens de Chine venait encore de frapper…
Les Koutchéens :
Cette hypothèse est plausible… et indémontrable.
Il y eut bien en effet un peuple, qui vécut dans l’actuel Xinjiang, à l’ouest de la Chine, qui pourrait être apparenté aux peuples celtes. Il s’agit du peuple des Koutchéens, rattachés aux Tokhariens. Ils étaient les plus orientaux des indo-européens, et leur langue présente des affinités avec l’ancienne langue italo-celtique. Puissants au IIème millénaire avant J-C, ils sont connus des Chinois sous l’appellation Quanrong, et ont même influencé les Chinois en matière de rites et de légendes. Ils étaient des descendants des Kourganes, dont la culture se serait constituée vers 5 000 ans avant J-C autour de la Mer Noire.
Certaines momies Koutchéennes découvertes portaient des tartans. Leur civilisation fut lentement asphyxiée après la venue des Ouïgours, eux-mêmes chassés de Mongolie par les Kirghiz. Ces peuples ont-ils participé à la transmission du symbole du triskel d’un bout à l’autre du continent ? Mais même si ces peuples ont traversé les plaines jusqu’à l’actuelle province du Xinjiang, ils n’ont pas laissé de traces dans celle du Sichuan, lieu des découvertes de triskels, province voisine mais séparée par une barrière de montagnes difficilement franchissable, encore aujourd’hui.
Des questions : Pourquoi ces triskels sont-ils ici et là ? Pourquoi eux, et pas autre chose ?
En guise de conclusion :
Les découvertes de triskel de San Xing Dui et de Jin Sha nous obligent aussi à envisager, ou simplement constater (selon la forme de croyance de chacun), que les échanges, les mélanges, les amalgames entre peuples éloignés ne datent pas du dernier déluge… A moins comme on l’a dit, qu’il ne s’agisse d’ubiquité sans lien physique, ce qui est, sans ordinateur, encore plus surprenant.
Les découvertes du Sichuan nous enseignent, aussi, sur le peu de traces qu’une civilisation apparemment puissante peut laisser : on a entassé des objets magnifiques dans des fosses, mais aucun monument n’a subsisté, aucun écrit ne mentionne son histoire, aucune légende n’a surnagé. Aucune preuve de gloire et de puissance, des indices seulement, contrairement aux empires mayas, et aux dynasties égyptienne.
Rappelons-nous qu’aucune civilisation, aussi invincible s’efforce-t-elle d’être, n’est à l’abri d’un déluge ou d’un feu atomique, d’une invasion de sauterelles ou de voisins malintentionnés. Sachons prendre la mesure du fait que poussés par la panique, de grands peuples ont assemblé leurs symboles précieux et les ont placés dans des « containers » hermétiques voués à un sommeil de plusieurs milliers d’années. Il y a là peut-être une leçon de modestie à méditer.
Il y a quelques pyramides millénaires en Chine aussi, mais personne ne semble s’en soucier, elles sont en argile, et le gouvernement s’efforce de les faire disparaître en plantant des conifères dessus...
[D'après J.Debenat (professeur de français à Chengdu en Chine (province du Sichuan). ]